La Corrida

Quand j’étais enfant, je ne devais avoir qu’une dizaine d’années tout au plus, mes parents m’avaient emmenée malgré eux, un peu contraints, à une corrida sur Barcelone. Depuis cette malheureuse expérience, ils n’y sont plus jamais retournés d’ailleurs et pour cause…
Et puis, de toute façon, ils n’ont jamais aimé ça ! L’amie espagnole qui nous avait invités en vacances leur avait offert les places déjà achetées d’ailleurs puisqu’elle les leur avait remises dès notre arrivée.

Assise dans l’arène entre mes deux parents, j’entendis ma mère dire à mon père de me mettre sa main devant mes yeux pour les banderilles et autres rituels avant la mise à mort du taureau. Et je n’arrêtais pas de demander sans cesse :

<<  Mais pourquoi il va lui faire du mal au taureau le monsieur ? Ce n’est pas le taureau qui danse la vedette du spectacle ? Maman, papa, pourquoi, il va le tuer le taureau ? >>.

Avec toute l’innocence et la naïveté liée à mon âge, je n’arrêtais pas de m’agiter, de poser des questions et mes parents qui ne cessaient de me dire :

<< Chut ! Tais-toi ! Il ne faut pas que tu regardes, c’est comme ça ! >>.

J’ai passé la seconde partie de cette corrida à essayer d’écarter les doigts de mon père parce que justement la curiosité d’un enfant est d’autant plus aiguisée s’il s’avère que regarder est interdit ! Et lorsque j’eus compris qu’on lui faisait du mal et que je vis cette pauvre bête agonisante déambuler lentement devant son bourreau, alors de toute la force de mes petits bras, je repoussai les mains de mon père sur mon visage, me leva d’un seul coup et de toutes mes forces pour porter ma voix la plus loin possible au centre de l’arène, je me suis écriée jusqu’à m’époumoner et sans m’arrêter alors que mon père tentait de me faire taire :

<< Assassin ! Assassin ! >>.

Et cela sans qu’on ait pu m’arrêter au point que je ne voulais plus partir pour empêcher la mise à mort de cette pauvre bête, que les yeux des spectateurs assis aux alentours se braquèrent sur nous, il y eu un brouhaha de chut autour qui fit tellement boule de neige que je n’oublierai jamais que le toréador qui avait levé son épée, s’arrêta une fraction de seconde dans son élan pour regarder, au point que mon père se leva, me colla sa main contre la bouche en me soulevant de toute sa force pour sortir de l’arène entraînant ma mère dans sa course.
Et jusqu’à la sortie, portée dans les bras de mon père, je ne cessais de pleurer, hurler à la mort, à l’image sans doute de la douleur que j’imaginais pouvoir être celle de cette pauvre bête sans défense !

Des arènes de Barcelone jusqu’à la maison en bord de mer où nous logions, dans la Renault 6 blanche de mon père, je ne cessai de verser des larmes de crocodiles, inconsolable par ma mère qui, de par la circonstance, était montée à l’arrière.

C’est une scène que je n’oublierai jamais et c’est ce jour-là que je crois bien que j’ai compris alors toute la barbarie dont pouvait être capable l’Homme !

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