Dix-Sept DécembreJ’ai besoin de parler
mais ce n’est pas grave,
c’est comme si je te parlais.
C’est trop dur, vraiment trop dur ! J’essaie d’être forte pour les autres et surtout pour ma mère mais là, que ma mère est couchée depuis un petit moment et que je suis toute seule allongée sur le fauteuil de mon père, enveloppée dans sa robe de chambre, avec sa chevalière à mon doigt et toutes les images dans ma tête, je craque, je craque…
Mes larmes tantôt viennent, tantôt s’assèchent comme l’écume des vagues qui viennent mourir contre les rochers et par-dessus lesquelles nous aimions sauter et rire quand j’étais petite.
Avec lui, c’est quarante-deux années de bonheur, d’amour et de tendresse qui partent et qui ne sont, hélas, plus que des souvenirs, des bouffées de rêves dont je m’enivre pour les retenir encore un peu en leur donnant force de vie.
Avec lui, c’est une partie de moi qui meurt peu à peu, cette partie, c’est mon secret que le temps me dérobe, l’enfant que je suis, que j’étais à ses yeux et que nul ne l’avait compris comme lui.
Il n’avait fait ni psychanalyse, ni hypnose, il n’avait peut-être pas tout compris mais en tous cas, il avait compris l’essentiel… Ce que j’ai compris moi, lui, il l’avait compris depuis longtemps !
Il était à lui tout seul un monde de gentillesse, d’une infinie tendresse. Il n’avait pas une once de méchanceté et préférait se taire plutôt que de blesser. Il avait cette même pureté qu’on les enfants de ressentir le danger pour soi ou pour les siens, de sentir les belles âmes, ceux qui sont bons et ceux qui ne le sont point mais sans jamais ni juger, ni mépriser son prochain.
Je suis fière de sa beauté d’âme, de cette pureté infantile qui lui était innée et qu’il a su conserver, qu’il m’a transmise au fil des années.
C’était tellement naturel chez lui, tellement dépourvu de tout intérêt que ça en devenait presque insolent, philosophiquement parlant, mais il était tellement Humain que cette même pureté rejaillissait sur les autres, les illuminait parfois même quand elle les dérangeait.

Voilà… C’était mon père, une étoile parmi tant d’autres, insignifiante dans l’Univers mais si imposante dans le nôtre, que nous sommes pour la plupart tous orphelins, et moi la première…

Ecrit le 19 décembre 2009 à 02h40 et lu à l’Eglise Jean XXIII à Avignon le 21 décembre au matin à l’occasion des obsèques de mon père.

 

 

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